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ART ET
MEMOIRE AU MAGHREB
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Introduction
à l'exposition
Un voyage singulier
Deux peintres en Algérie
à la veille de l'insurrection (1951 -1952)
Mireille Miailhe et Boris Taslitzky
Du 4 au 30 décembre 2009
A la Bibliothèque Nelson Mandela,
26 -34 av Max. Robespierre
94400 Vitry sur Seine
Introduction
pour le catalogue de l'exposition
Ils étaient tous deux arrivés en Algérie peu de
temps avant que n'éclatent dans l'Aurès les premiers
coups de feu de l'insurrection nationale. Mireille Miailhe et Boris
Taslitzky avaient été reçus chaleureusement par
ceux qui les avaient invités à venir voir de près
ce qu'étaient cette Algérie et ces Algériens qui
commençaient à faire les gros titres des journaux.
L'accueil était pourtant teinté d'interrogation. Deux
peintres dans une période aussi pleine d'inquiétudes et
de questions sur l'avenir ? Etait-ce bien le moment de venir poser son
chevalet dans le clair-obscur d'une ruelle de la vieille ville ou,
dominant la baie étincelante, sur une terrasse de la Casbah.
Et quoi d'autre, que cette étincelante lumière qui
faisait vibrer tout ce qu'elle atteignait - choses inanimées
aussi bien qu' êtres vivants- des artistes pourraient-ils bien
retenir de ce pays ? Depuis plus d'un siècle, de Delacroix
à Renoir, Matisse, Marquet et quantité d'autres moins
célèbres, les peintres français avaient
superbement illustré la féerie de couleurs que ce pays
leur offrait.
Mireille Miailhe aussi bien que Boris Taslitzky, arrivant en
Algérie, n'avaient pu qu'être séduits eux aussi par
ces paysages éblouissants de verdure et d'azur, par la
merveilleuse harmonie de ces anciens édifices d'avant la
conquête encore éclatants de blancheur mais ils
n'étaient pas venus pour peindre ce que d'autres avaient
déjà, et depuis bien longtemps, si magnifiquement
exalté. Leur ambition sera de dire la vie des femmes et des
hommes de cette Algérie coloniale dont les porte-parole de la
France officielle continuaient de proclamer qu'elle était une
terre française, un "prolongement de la métropole",
heureuse de vivre à l'ombre du drapeau tricolore. Mireille et
Boris ne s'y laisseront pas prendre. Ils peindront tout simplement ce
qu'ils voyaient et contribueront à faire connaître la
vérité au peuple français et au monde. C'est bien
ce que ce que leurs hôtes, responsables politiques et
syndicaux anticolonialistes attendaient d'eux.
Cinquante ans plus tard, ces extraordinaires documents
témoignent encore. Or, comme le rappelle opportunément
Anissa Bouayed, si passionnée et si efficace organisatrice de
cette exposition, ils ont été très peu offerts
à la vue du public durant ce demi-siècle. Est-il vraiment
nécessaire de se demander pourquoi ? Chacun sait bien que les
gouvernants ont justement tout fait pour organiser l'oubli. L'oubli de
ce que fut le système colonial, des combats et des sacrifices
menés par tout un peuple dressé pour briser ses
chaînes. L'oubli et le silence autour d'une guerre atroce dans
laquelle furent entraînés contre leur gré des
dizaines de milliers de jeunes Français. La municipalité
de Vitry-sur-Seine, en aidant à la tenue de cette remarquable
exposition, ne contribue donc pas seulement à faire
connaître l'œuvre de deux artistes éminents, elle concourt
à éclairer -et de façon extraordinairement
vivante- un moment tragique, et pour l'essentiel encore méconnu,
d'une histoire commune aux deux peuples.
Qui pouvait mieux dire que les dessins de Mireille,
l'épouvantable existence des enfants algériens à
l'époque coloniale, celle des "petits cireurs de chaussures" des
rues d'Alger, ou celle des "enfants sans école", qui,
"pieds nus dans la neige" étaient contraints de travailler aux
champs des "étoiles aux étoiles" pour un quignon de
pain ? C'est à ceux qui refusaient d'admettre cette
réalité que s'adressaient aussi ces dessins,
éclatants de vérité et retentissants comme autant
de cris d'indignation et de révolte. De révolte! Car
personne ne peut s'y tromper: la scène peinte par Mireille
Miailhe du tribunal de Blida où l'on voit les militants
nationalistes debout dans le box des accusés clamer leur
volonté d'indépendance, cet extraordinaire portrait d'un
paysan mutilé, rescapé des massacres de Sétif qui
revit sous le crayon de Boris Taslitzky, celui de Hadj Omar, ancien
mutin des révoltes de la Mer Noire ou celui de Tahar Ghomri,
paysan communiste de la région de Tlemcen qui mourra au maquis
et dont le regard semble déjà appeler au combat pour la
liberté, toutes ces œuvres, si chaleureuses et si fortes,
ne laissent place à aucune ambiguïté:
Ceux qui les ont peintes avaient choisi leur camp,
celui du respect de chacun, celui de la vérité, de
la fraternité et de l'amitié et ils tenaient à le
faire savoir.